Ceci est un moment d’humeur en attendant des jours meilleurs, des restaurants ressuscités et des clients rassurés… mais dans un monde de tous les dangers, en termes de santé et d’économie.
Cette épidémie n’était pas invitée. Qui inviterait le malheur ? Coronavirus Ier, roi de la désolation, a poussé la porte de milliers de restaurants et, depuis, se tient fort mal à table. On en regretterait l’incivilité ordinaire…
Partout, le même arrêt sur images. Restaurants désertés, devantures sans vie, fourneaux éteints, chaises renversées sur les tables, ni fleurs, ni couverts… Maisons en sommeil et cuisiniers sans cuisines.
Ce virus au format tsunami se moque des classements, des réputations, des talents, des sincérités. C’est une planète folle.
Aux commandes, ce tueur en série, grand ordonnateur des soldes sur la planète, a inscrit sur sa vitrine : « Tout doit disparaître ! ». On ose à peine imaginer les lendemains.
Suggestion du jour : en rupture. Saison: morte. Corona: mot à rayer du vocabulaire.
Notre quotidien : une impression de provisoire et de monde en sursis.
Une solution : ouvrir des restaurants clandestins, résister, comploter… à la guerre comme à la guerre !

Trouver une bonne table, se réunir, convivialité, partage… semblent des expressions d’une autre époque. Il faudra les réapprendre.
Mais viendra le « moment d’après ». Quand le prédateur masqué aura disparu, aller au restaurant sera un devoir, un acte militant. Un signe de victoire, une promesse. Les lumières se rallumeront et le premier client sera accueilli en héros. Carte ou menu pour cet ancien confiné ? Peu importe mais qu’il ait table ouverte.
Un restaurant doit être une fête, une séduction, une respiration, une musique, un parfum, une découverte… Quels que soient le lieu, la compagnie et l’échange, on a, d’abord, rendez vous avec soi. Autant ne pas le manquer.

Il faudra effacer ces images peu glorieuses à l’heure du repli : bousculades au supermarché pour s’emparer de sucre, farine, pâtes, beurre, papier toilette…. Provisions pour tenir un siège, comme un air de défaite…
On est donc « en guerre » comme a dit un président. Mais très loin de l’humour guerrier du poète Guillaume Apollinaire – «Ah Dieu ! que la guerre est jolie » (Calligrammes, « L’Adieu du cavalier») – blessé d’un éclat d’obus en 1916 et mort en 1918, victime de la grippe espagnole !
Se souviendra-t-on de ces mots ? Gastronomie, bistronomie, saveurs, gourmandise, lien social… Précieux, fragiles ou dérisoires, ils nous aideront à retrouver la voie d’une vie « normale ». Une fois celui de pandémie renvoyé en enfer.

Je préfère «Cuisine et sentiment» à «Stupeur et confinement».
Enfin, par besoin de distraction, j’ai réuni quelques objets qu’on peut juger futiles mais qui sont porteurs d’!magination et compatibles avec un propos de table. Un pour couper à coeur un fromage (couteau Jojo Long Legs, Philippe Starck 1992 pour Les Forges de Laguiole), deux pour aider à la résurrection et boire à nos santés des cuvées mémorables, le dernier pour le style et la silhouette de science-fiction du presse-agrumes Juicy Salif (Philippe Starck pour Alessi, 1990)…
On s’arme comme on peut contre la monstruosité.


2 comments
Vive les Héros qui viendront partager de nouveau des repas entre amis et famille ! Merci Jacques pour se joli texte plein de ressenti
Au moment actuel ne entrevoie la fin de la pandemie. Donc c’est l’instanct plus delicate. On met en jeu toutes les choses qui nous donnaient du bonheur, qui pour le moment sont mis a cote. La seule question que je me pose: quel est la cause du depart du Coronavirus?